Comment l'îlot de chaleur urbain influe sur les araignées ?

Soumis par Alain-Herve Le Gall le mar 06/02/2024 - 09:34
Article dans Land

Dans une étude publiée en janvier 2024 dans la revue Land, des chercheurs de l’OSUR, à ECOBIO (Valentin Cabon, Aurélien Ridel et Benjamin Bergerot) et du LETG-Rennes (Hervé Quénol et Vincent Dubreuil) examinent comment les communautés d'araignées sont affectées par les variations de température et d'habitat le long d’un gradient d’urbanisation. Au cours de l’année 2022, à Rennes (Bretagne), 20 499 araignées (137 espèces) ont été échantillonnées sur 36 prairies. Les sites urbains, caractérisés par une végétation courte et un îlot de chaleur urbain (ICU) intense, abritent des communautés pauvres en espèces, composées de petites espèces thermophiles. Les résultats indiquent que le réchauffement urbain joue un rôle important dans la sélection des espèces en ville. Face à cela, le maintien d’habitats complexes dans les infrastructures vertes semble constituer un levier efficace pour contrer l’homogénéisation des communautés d‘arthropodes.
Une collaboration menée avec Rennes Métropole dans le cadre de la Zone-Atelier Armorique (OSUR, CNRS).

 

Avec l'urbanisation mondiale, les bouleversements de l'habitat et la hausse des températures constituent des menaces majeures pour la biodiversité. Cependant, en raison de leur interdépendance, leurs rôles relatifs en tant que moteurs de la composition des communautés animales sont complexes et restent intriqués...

Dans cette étude, les scientifiques rennais ont cherché à comprendre comment les compositions taxonomiques et fonctionnelles des communautés d'arthropodes étaient liées à des gradients d'habitat et de température partiellement décorrélés. Ils ont comparé le paysage (c'est-à-dire l'urbanisation et l'ICU) aux variables locales (c'est-à-dire la hauteur et la couverture de la végétation, la température près du sol). Ils ont ainsi échantillonné 20 499 araignées (137 espèces) au sein de 36 prairies et pelouses urbaines de la métropole rennaise. Contrairement aux zones rurales, les sites urbains se caractérisaient par une végétation courte et des ICU intenses : ils abritent des communautés pauvres en espèces et sont composés d'espèces thermophiles de petite taille en moyenne. Les résultats suggèrent que l'intensification de l'ICU et la perte locale de complexité de l'habitat (végétation courte et dense) sont les facteurs principaux associés au déclin des espèces de grande taille et aux espèces thermosensibles.

Ces résultats mettent en évidence le rôle prépondérant du réchauffement urbain, plutôt que celui de la modification de l'occupation des sols, en tant que filtre urbain. En outre, les auteurs montrent que c’est l'ICU à l'échelle du paysage, et non pas la température locale, qui sélectionne principalement les espèces en fonction de leurs attributs fonctionnels. L'ICU peut donc être considéré comme une barrière thermique filtrant les espèces en fonction de leur capacité physiologique pour faire face aux conditions thermiques urbaines. Enfin, pour contrebalancer l'homogénéisation biotique, les chercheurs mettent en évidence l'importance de la mise en œuvre de structures d'habitat complexes à l'échelle locale au sein de l'infrastructure verte urbaine.
 

Figure 1 : Carte de Rennes (ligne noire) et de ses environs. Les symboles représentent les sites d'échantillonnage. La forme des symboles indique le type de site auquel appartient la prairie ou pelouse échantillonnée (cercles = "rural à végétation haute", triangles = "rural à végétation courte", carrés = "urbain à végétation courte"). La taille des symboles indique la taille moyenne du corps de la communauté (de 3,30 mm à 5,73 mm). La couleur des symboles indique l'affinité thermique moyenne de la communauté, les symboles blancs indiquant des valeurs faibles (de 9,89 ◦C à 10,16 ◦C), les symboles rouge clair indiquant des valeurs intermédiaires (de 10,17◦C à 10,43◦C), et les symboles rouge foncé indiquant des valeurs élevées (de 10,44◦C à 10,70◦C). L'ICU atmosphérique (du 1er mars au 30 septembre 2022) est illustré par un gradient de couleur allant du bleu (faible intensité ; minimum = 0◦C) au rouge (forte intensité ; maximum = 3◦C). Les surfaces imperméables sont représentées en gris.

 

Figure 2 (en entête de l'article) : Localisation des 36 sites d'échantillonnage (croix noires) à l'intérieur et autour de Rennes (ligne noire). Les surfaces bâties sont en gris, les prairies en vert et les plans d'eau en bleu. Le point rouge sur la carte en haut à droite indique la localisation de la zone d'étude.

 

Référence
Cabon, Valentin, Hervé Quénol, Vincent Dubreuil, Aurélien Ridel, and Benjamin Bergerot. 2024. "Urban Heat Island and Reduced Habitat Complexity Explain Spider Community Composition by Excluding Large and Heat-Sensitive Species" Land 13, no. 1: 83. doi.org/10.3390/land13010083