Dynamique fluviatile et évolution du paysage tardiglaciaire et holocène dans le Bassin rennais (Ille-et-Vilaine, France)

Soumis par Alain-Herve Le Gall le jeu 14/12/2023 - 11:57
Article dans ArchéoSciences

[Source : ArchéoSciences, PUR]

En 1998, les travaux de construction de la station de métro “République”, située au cœur du centre historique de Rennes, furent l’occasion d’une fouille qui a permis d’ouvrir une fenêtre sur le remplissage alluvial de la Vilaine, en bordure nord du lit majeur, au pied du versant où s’est développée la ville ancienne : les travaux de fouilles préventives d’une surface d’environ 700 m2 dirigés par Laurent Aubry (INRAP Grand Ouest) ont mis au jour une ancienne cale fluviale (figure 1). Malgré la situation géographique privilégiée du secteur, immédiatement à l’extérieur du rempart de la ville du XVe siècle sur l’axe du Pont Neuf (aujourd’hui disparu), les vestiges archéologiques se sont avérés relativement pauvres. Cependant, la bonne conservation de l’ancien lit de la Vilaine et de son remplissage sédimentaire, ainsi que l’accessibilité de l’excavation par un coffrage de béton, ont permis le développement d’une approche paléoenvironnementale conjointe et croisée du site, à travers des analyses granulométriques menées par Anne Gebhardt (INRAP Grand Est), palynologiques par Dominique Marguerie (ECOBIO, CNRS) et dendrochronologiques par Vincent Bernard (CReAAH, CNRS). Complétée par de nombreuses datations radiocarbone, l’étude des trois mètres de dépôts stratigraphiques de la Vilaine traversés, a donc permis de reconstituer la dynamique locale d’écoulement de ce fleuve rennais, l’évolution du paysage et des principaux épisodes de l’activité anthropique dans le bassin de la Vilaine depuis le Tardiglaciaire..
Les résultats de cette fouille sont publiés dans la revue ArchéoSciences en décembre 2023.

 

Les travaux de construction de la station de métro “République”, au cœur des quartiers historiques de la ville de Rennes, ont révélé un remplissage sédimentaire de l’ancien lit de la Vilaine sur trois mètres d’épaisseur maximum. Étant donné le peu de travaux concernant les dépôts alluviaux quaternaires de la Vilaine disponibles à ce jour, cette opération archéologique préventive a grandement motivé une étude paléoenvironnementale complète. Les deux transects réalisés perpendiculairement au cours actuel de la Vilaine ont tenu compte des contraintes techniques qui incombent à une fouille urbaine profonde et en milieu humide. Toutes les coupes ont été relevées, mais seules trois d’entre elles ont été décrites dans le détail et échantillonnées en vue d’analyses sédimentologiques, paléobotaniques et chronométriques. La dynamique fluviale de la Vilaine montre une première phase assez active jusqu’au Subboréal*, suivie par l’abandon de certains chenaux latéraux, l’écoulement principal se faisant alors plus au sud, au cœur du lit majeur. La variabilité de la dynamique d’écoulement et le recoupement de nombreux chenaux génèrent des lacunes sédimentaires difficiles à caler chronologiquement.

Si la présence de l’homme reste discrète avant l’apparition des premières traces de bois travaillés (4550-4325 cal BC), en revanche, l’ouverture anthropique du milieu forestier devient évidente à la fin de l’Atlantique*. Ces déforestations plus ou moins localisées sont suivies d’une remontée des nappes phréatiques, voire des déplacements latéraux de la rivière, qui provoque le dépérissement des arbres en bord de rivière par asphyxie. Au Subboréal, le site est régulièrement inondé. Lors du creusement de la cale du XIXe siècle, les niveaux antiques et historiques anciens sont détruits. La séquence sédimentaire se termine alors par un dépôt calme d’argiles organiques dont le matériel archéologique et l’étude pollinique révèlent un environnement fortement anthropisé.

Cette étude paléoenvironnementale a permis de suivre la dynamique de la Vilaine depuis le Tardiglaciaire jusqu’au Subatlantique, de comparer son évolution avec le schéma général d’évolution des autres grands fleuves du nord de la France et de préciser les grandes étapes de l’interaction sociétés-milieux dans le bassin rennais.

 

* Le Subboréal suit l'Atlantique et est remplacé par le Subatlantique. Chronozones :
    Préboréal : 12080 à 10187 BP (Before Present)
    Boréal : 10187 à 8332 BP
    Atlantique : 8332 à 5166 BP
    Subboréal : 5166 à 2791 BP
    Subatlantique : de 2791 BP à l'Anthropocène

 

 

 

Référence
Gebhardt, A., Bernard, V., Aubry, L. & Marguerie, D. (2022). Dynamique fluviatile et évolution du paysage tardiglaciaire et holocène dans le Bassin rennais (Ille-et-Vilaine, France). ArcheoSciences, 47, 79-104. doi.org/10.4000/archeosciences.11159