Le projet ConservES est lauréat d'un appel à projets BiodivProtect - Biodiversa+

Soumis par Alain-Herve Le Gall le lun 23/01/2023 - 11:50
Un "Laboratoire vivant" sur l'enrichissement floral : un outil de conservation de la biodiversité et de maximisation des services écosystémiques dans les paysages agricoles européens
Contexte

Dans les pays européens, l'agriculture moderne intensive est le moteur principal de la simplification des réseaux écologiques. Ce type d'agriculture a pour conséquence une perte de biodiversité des terres agricoles et des services écosystémiques qui y sont associés. Or ces services sont reconnus comme les contributions directes et indirectes des écosystèmes au bien-être humain, avec un impact direct pour notre qualité de vie, mais surtout à termes pour notre survie…

Parmi les multiples services écosystémiques, deux services de régulation en particulier concernent des processus agricoles fondamentaux : 1) la pollinisation et 2) la lutte contre les ravageurs et les mauvaises herbes.

Les principales causes de cette perte de biodiversité, et donc de la capacité des écosystèmes à fournir ces services fondés sur la nature, sont liées aux pratiques agricoles intensives, mais également à la simplification des habitats et à l'utilisation de pesticides.

A contrario, l'intensification écologique, c'est-à-dire l'utilisation de processus naturels pour remplacer les intrants anthropiques tels que les pesticides et les engrais, se présente comme une solution potentielle alternative. Cependant, force est de constater qu'elle est souvent entravée par une acceptation et/ou une adoption insuffisantes par les agriculteurs conventionnels européens.

Par conséquent, la condition préalable au succès de la conservation de la biodiversité dans les écosystèmes agricoles implique une meilleure prise de conscience des avantages connexes fournis par les services écosystémiques.

Ainsi, en utilisant l'approche des “laboratoires vivants” favorisant l'implication des citoyens dans la science (une “science participative”), ce projet s'attache à développer, principalement par l'enrichissement floral, une gestion collective multi-échelles qui va du champ jusqu'au paysage, en intégrant des bioindicateurs sur l'état de conservation de la biodiversité des terres agricoles.

 

Objectifs principaux

Le projet ConservES vise à

  1. évaluer les bénéfices ou rétablir des éléments linéaires non cultivés du paysage, tels que les haies et les bandes florales, dont on sait qu'ils fournissent des ressources et des "couloirs" de dispersion aux pollinisateurs et ennemis naturels des ravageurs et des mauvaises herbes,
  2. augmenter la biodiversité dans les zones agricoles intensives, sans perte de rendement pour les agriculteurs
  3. et développer des laboratoires vivants dans les quatre pays concernés (France, Belgique, Allemagne et République tchèque).

 

Activités principales

Conformément aux objectifs énoncés ci-dessus, le projet ConservES évaluera les avantages d'éléments paysagers linéaires non cultivés (haies et bandes florales) qui fournissent des ressources et des couloirs de dispersion aux pollinisateurs et aux ennemis naturels des ravageurs et des mauvaises herbes (adventices). Pour évaluer la biodiversité, les scientifiques développeront des indicateurs intégrés multi-taxons.

De plus, des scénarios d'ajout de diversité sont programmés : au sein, à proximité et aux alentours des champs, afin d'optimiser la diversité des agro-écosystèmes à l'échelle de l'exploitation et du paysage. Dans une optique de co-développement, ces scénarios seront élaborés dans les laboratoires vivants avec les agriculteurs afin de les impliquer dans la protection de la biodiversité et des écosystèmes.

Les porteurs considèrent que cette association garantira un réseau écologique efficace fournissant des services écosystémiques, à condition aussi qu'elle reste effective après la fin du projet.

La variété des sites d'études choisis, avec ses climats spécifiques, contribuera à fournir des solutions à l'échelle européenne pour adapter au mieux les solutions à l'utilisation des terres et aux changements climatiques. En effet, le long d'un gradient climatique (climat océanique à climat continental), les chercheurs s'attendent à ce que le contexte climatique spécifique, au sein de chaque zone géographique joue un rôle majeur sur le potentiel des services écosystémiques.

Egalement en impliquant les parties prenantes dans le processus de co-développement de pratiques de conservation "sur mesure", ils espèrent minimiser les conflits entre l'homme et la biodiversité, et in fine augmenter les chances d'une situation gagnant-gagnant.

En effet, l'une des principales difficultés de la gouvernance en matière de conservation de la biodiversité est de sortir de la dimension théorique des questions posées pour se frotter à la réalité du terrain.

Le projet débute en mars 2023 pour s'achever en février 2026.

 

Illustration en haut de page

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Légende
Parasite femelle buvant le nectar d'une fleur de sarrasin. Les bandes fleuries ajoutées aux paysages agricoles conventionnels contribuent à accroître la biodiversité en fournissant des ressources (nourriture, abri) à de nombreuses espèces, y compris celles fournissant des services écosystémiques tels que la pollinisation ou la lutte contre les ravageurs et les mauvaises herbes.

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